dimanche 22 mars 2015

Viral mais tsé... qu'est-ce que c'est?

Je m’appelle Etienne Forest et pour arrondir mes fins de mois, je fais des transcriptions de procès pour les différentes cours du Québec : je reçois l’enregistrement audio d’un procès et je tape tout ce qui y est dit, au mot près, pour renvoyer ça aux avocats ensuite.

Transcrire, pour moi, la plupart du temps, c’est pas une corvée.  Y’a vraiment un plaisir qui vient avec le fait de mettre par écrit exactement ce que quelqu’un a dit; quand les mots s’alignent dans le document Word et qu’une phrase qui a été dite dans un langage oral devient soudainement écrite, avec ses défauts, ses hésitations et son propos parfois maladroit.  On dirait que la phrase devient plus réelle une fois qu’elle est écrite.  Elle n’a pas juste été lancée comme ça.  Elle est écrite, enregistrée, copiable et expédiable par courriel, elle existe pour toujours.  On peut la citer avec exactitude.  Certains me disent autiste, mais je trouve ça un peu insultant pour les autistes, bien franchement.

Des fois, je transcris des trucs pour mon plaisir personnel.  Des trucs qui n’auraient sans doute jamais imaginés se retrouver écrits un jour.  Comme un épisode de la défunte émission Coup de foudre, ou le texte exact du gars de « Tequila, Heineken, pas l’temps d’niaiser ».  Et c’est quand on lit le verbatim d’une vidéo comme ça qu’on constate à quel point c’est vide.  À quel point il n’y a rien là-dedans, mais que ce rien-là est dit d’une façon tellement originale que ça devient viral.  Pourtant, malgré la viralité, tout le monde se souvient juste de la phrase clé (« tequila, Heineken »), ou peut-être de « filme mes pieds ».  Mais tout le reste, on l’oublie.  Pourtant, il est là, le reste, et il est savoureux.  On oublie le texte parce qu’on est occupé à regarder l’air abruti du gars et les seins de la bimbo qui lui pose des questions insignifiantes. 

C’est à cause de ça qu'un jour, Maxime Gervais (du duo humoristique Les Pic-Bois), m'a proposé de transcrire des vidéos virales, pour que tout le monde puisse contempler le texte exact, la puissance et la vacuité des mots.

Au-delà de ça, s’il y a une chose qui me fait toujours rire quand je transcris mes procès, c’est quand j’entends sur l’enregistrement un avocat qui relit un bout de transcription d’un procès précédent.  Parce quand l’avocat le lit, il n’ajoute pas d’intonations ni d’émotions.  On a alors droit au texte brut, dénué de sentiments.  Et les petits défauts qui passent inaperçus dans le feu de l’action deviennent évidents.

C’est à partir de là qu’est arrivée l’idée de l’évolution logique de ce projet de transcriptions: trouver du monde pour les lire devant la caméra.  À froid, comme ça, sans les avoir appris par cœur, sans mise en scène, sans décors.  Juste pour pouvoir entendre des bijoux comme : « La musique est incroyable, ça me fait bouger en tabarnac, là.  Même si je ne sais même pas quoi faire maintenant, là. » ou : « Non, c’est lui.  Comprenez ce que vous voulez ou ce qu’il a dit.  Où est-ce qu’il est, le petit bum? »  Enfin, le texte va reprendre ses droits.  Il va prendre toute la place. 

C’est ce que je compte vous livrer ici, à « Viral, mais tsé… »  Et après ça, tant qu’à faire, pourquoi pas s’amuser un peu et relire le texte d’une façon originale, ou lui rajouter des émotions différentes.  Vous allez être surpris d’à quel point c’est le fun.  Moi en tout cas je ne m'en tanne pas.

Chaque semaine (du moins pour un bout de temps), je publierai ici un nouveau montage, montrant différentes personnes, certaines connues, certaines non, qui liront à leur façon des textes de vidéos virales (ou à tout le moins, un peu connues chez nous).  Vous avez toujours rêvé d'entendre un acteur de type Shakespearien lire du Yolande Ouellette?  Un clown lire les aveux maladroits de Philippe Hamelin?  Ma belle-mère réciter du Johnny Crying?  Vos rêves seront alors exaucés.

Je terminerai en disant un gros merci à tous les lecteurs qui ont bien voulu se prêter au jeu, à Simon Predj qui m'a donné un fier coup de main à la réalisation et au montage (disons-le franchement, sans qui ce projet ne pourrait pas exister sous cette forme), mais surtout à tous ces gens autrefois inconnus qui ont créé spontanément des textes qu’aucun auteur en quête de popularité n’aurait pu écrire.  


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